Récit de la dernière année à St Jodard ou chronique d’une fermeture
Pour l’Histoire de cette Maison de formation des Frères de Saint-Jean depuis 38 ans, la fermeture de St Jodard aura occupée la Congrégation durant tout l’été 2021, avec l’aide des frères présents sur place ; et qui s’est prolongée sur toute l’année 2022 avec les quelques frères restés sur place.
Durant l’année scolaire 2020-2021, la décision de fermer St Jodard s’est précisée progressivement, mais dès le début il est apparu aux plus lucides qu’elle était éminemment probable. La décision définitive a cependant été prise assez tardivement. C’est dans ce contexte que l’équipe des « Profès Perpétuels » de St Jodard (pratiquement le corps enseignant ou encadrant) a pris la décision de ne rien changer à leurs habitudes et à leurs conversations, afin de laisser les frères étudiants faire et surtout finir une année scolaire « normale », dans une Maison de formation « normale » (et non pas « en fermeture »). C’est ainsi que le plan de fermeture a été préparé de façon privée. Dès la fin des cours, des révisions et des examens, à la mi-juin, tous les frères se sont lancés dans la préparation des ordinations du 26 juin 2021 ; et dans la foulée, ils ont continué sur les travaux de la fermeture de la maison.
Vider une énorme maison
La priorité a été de mettre la bibliothèque en cartons : 15 m3 de cartons des livres les plus importants à transporter en premier (soit environ 7 tonnes), et 18 m3 pour les autres livres (soit environ 9 tonnes)… En effet, le frère bibliothécaire en chef s’apprêtait à partir rejoindre son assignation sur un autre continent et l’entreprise qui devait démonter les étagères allait arriver sous peu car il fallait que les étagères soient remontées à Rimont avant l’arrivée des cartons de livres ! Une fois ce travail fait dans l’urgence, il restait à « ranger » la maison avec les quelques frères qui n’étaient pas partis en apostolat d’été, ou déjà revenus, ou pas encore partis pour de nouvelles assignations. Chaque responsable de charge était invité à vider son bureau, transmettre ses archives, etc.
Les frères étudiants en philosophie partant à Rimont pour la suite de leurs cours, il a fallu, là-bas, leur aménager des salles de cours et pour cela ponctionner sur St Jodard le mobilier nécessaire et pareillement pour leurs cellules. Il en fut de même pour les nouvelles maisons de formation des autres continents qui sont venues récupérer ce qui leur était nécessaire (principalement Kara au Togo).
Comme tous les frères étudiants avaient été formés au secourisme, ils ont même réussi à caser aussi quelques cours sur les nœuds et sur le brancardage. Ces techniques de franchissement d’obstacles se sont révélées très utiles pour le transport et le chargement des meubles ! C’est ainsi que chaque voyage à Rimont a été mis à profit en chargeant le plus possible les véhicules utilitaires avec des meubles et des affaires diverses. St Jodard ressemblait à une ruche, jusqu’au 27 août 2021, où tous les frères encore présents sont partis définitivement pour Rimont avec armes et bagages. Ce fut un long joyeux convoi sur la route.
Définitivement ? Presque ! Ils sont revenus un peu plus tard pour emporter les livres les plus importants, les 15 m3, en faisant une noria avec tous les véhicules disponibles (3,5 T) puis sont revenus de nouveau en janvier 2022 pour donner main forte au chargement des derniers livres de la bibliothèque : les 18 m3 restants, cette fois-ci en utilisant un camion de 18 tonnes !
À partir de la fin août, ils se sont retrouvés en tout petit nombre pour finir de fermer St Jodard : frère André-Daniel, frère Yves de Jésus, frère Vladimir, frère Paul-André et frère François-Marie. Il a fallu s’atteler aux finitions du rangement de la maison. Tant que tout le monde était là, même en petites équipes, le travail avançait et c’était une véritable satisfaction de voir le travail avancer. Il y a eu tout spécialement des bureaux à ranger. Pour le bureau le plus délicat, celui qui contenait le plus d’archives, l’Archiviste de Congrégation est venu prêter main forte à frère François-Marie : à deux, il est plus facile de bien discerner entre ce qui restera pour le successeur et ce qui doit aller aux archives. Et de nouveau, chaque voyage vers Rimont a été mis à profit pour déménager ce qui restait. Il y a eu aussi les dernières factures à payer puis les contrats à résilier.
En parallèle à tout ceci, durant les WE, les frères ont continué d’accompagner le « Groupe des familles de Lyon » dans leur discernement de reprise. Au début, ils venaient à St Jodard seulement pour l’hôtellerie, puis, progressivement, ils se sont intéressés au lieu. Au fil du temps, le groupe s’est étoffé, la réflexion s’est approfondie jusqu’à pouvoir présenter un plan comptable très précis. Cependant, au final, les autorités ne retiendront pas leur projet.
Puis, le froid est arrivé et la température dans l’église ou au réfectoire devenait vraiment basse (en cuisine : plus besoin de frigo !). Alors les frères sont allés se réfugier dans des pièces plus facilement chauffables : l’oratoire de Béthanie à l’hôtellerie pour la messe et les offices et le tout petit réfectoire pour les repas. Quelques radiateurs électriques chauffaient aussi les cellules des plus frileux !
Bref, un passage en mode réduit, au quel les frères n’étaient plus habitués, un peu comme la toute première équipe qui était arrivée à St Jodard au printemps 1983 !
Puis Frère Yves de Jésus est parti en novembre pour rejoindre son nouveau prieuré : Les Jaumes. C’est d’ailleurs pour lui un retour aux sources, c’est de là qu’il est entré dans la Congrégation.
Ce fut un déménagement particulier et en étapes : avec les plantes et des outils de jardin parmi ses affaires personnelles.
En parallèle à tout cela, se poursuivait la réflexion et les procédures pour la fermeture administrative de la maison, notamment vis-à-vis du département de la Loire, le propriétaire car les Frères de Saint-Jean avaient un bail emphytéotique de 99 ans. Bien que tout ceci fut commencé plus d’un an plus tôt, il a encore fallu accompagner de nombreuses visites, soit du département, soit de différents acquéreurs possible et en parallèle, se poursuivait la réflexion sur la formule à choisir. Petit à petit, c’est le choix de trouver un successeur chrétien qui a pris le dessus. Dès lors, il a fallu le chercher, et à cette fin, un très beau film a été réalisé, en voici un extrait.